Le pourboire est le seul poste de dépense qui provoque de l’angoisse, d’où ce guide des pourboires, pays par pays. Pas parce qu’il est cher — il l’est rarement — mais parce qu’il est chargé : trop peu, on passe pour un radin ; trop, on passe pour un touriste ; au mauvais moment, on vexe.
Le Québécois part avec un réflexe bien ancré : quinze pour cent, et souvent davantage. Ce réflexe est excellent au Québec. Il est excessif en Europe, insuffisant aux États-Unis, presque insultant au Japon et mal calibré partout ailleurs.
Voici le guide pays par pays, avec la logique derrière chaque usage. Parce que retenir des pourcentages ne sert à rien ; comprendre pourquoi ils diffèrent permet de s’adapter partout, même là où ce guide s’arrête.
La logique : qui paie le salaire ?
Toute la question tient là. Dans les pays où le service est payé par l’employeur, le pourboire est un supplément pour un service remarquable. Dans les pays où le salaire de base est structurellement bas, le pourboire est le salaire — et ne pas le verser, c’est retirer son revenu à quelqu’un.
Trois modèles coexistent dans le monde, et une destination se range presque toujours dans l’un des trois.
| Modèle | Où | Ce que ça implique |
|---|---|---|
| Le pourboire est le salaire | États-Unis, Canada, une partie des Caraïbes | 15 à 20 % attendus, non négociables |
| Le service est inclus | France, Italie, Espagne, Japon, Corée | Arrondir suffit ; parfois rien du tout |
| Le pourboire est un usage social | Maroc, Égypte, Inde, Afrique australe, Amérique latine | Petits montants, souvent, à beaucoup de gens |
Amérique du Nord
États-Unis
Le pays où la question ne se pose pas. Le salaire minimum des serveurs y est légalement inférieur au salaire minimum général, précisément parce que le pourboire est censé combler l’écart. Quinze pour cent est aujourd’hui perçu comme un service médiocre ; dix-huit à vingt pour cent est la norme, et vingt-cinq dans les grandes villes pour un bon service.
Le pourboire s’étend bien au-delà du restaurant : deux à cinq dollars par nuit pour le personnel d’étage, un à deux dollars par bagage porté, dix à quinze pour cent pour un taxi, un à deux dollars par consommation au bar. Depuis quelques années, les terminaux de paiement proposent un pourboire même au comptoir d’un café — là, la norme sociale est beaucoup plus souple et refuser n’a rien d’impoli.
Mexique et Caraïbes
Au Mexique, dix à quinze pour cent au restaurant, et vérifiez d’abord si un servicio figure déjà sur l’addition. Les stations-service sont servies par un employé : cinq à dix pesos suffisent. Les emballeurs de supermarché sont souvent bénévoles et vivent du pourboire.
Dans les tout-inclus de République dominicaine, de Cuba ou de Jamaïque, la mention « pourboires inclus » désigne un montant redistribué collectivement, souvent modeste. Un ou deux dollars remis en main propre au barman qui vous reconnaît, ou laissés sur l’oreiller chaque matin, changent réellement la qualité du séjour — et représentent une somme importante pour la personne qui les reçoit.
À Cuba, la situation est particulière : les salaires d’État sont très bas et le pourboire en devise a un pouvoir d’achat considérable. Prévoyez beaucoup de petites coupures.

Europe
France, Belgique, Suisse
Le service est légalement compris dans les prix affichés. Le pourboire est donc un geste, pas une obligation. On arrondit : quelques euros sur une addition de cinquante, cinq à dix sur un bon repas à deux. Laisser quinze pour cent surprend plus que ça ne fait plaisir.
Au café, on laisse la monnaie. Au taxi, on arrondit. À l’hôtel, un ou deux euros par jour pour le ménage est apprécié sans être attendu.
Italie, Espagne, Portugal, Grèce
Même logique, avec une nuance italienne : le coperto, un couvert facturé par personne, n’est pas un pourboire mais un frais de service de table. Il est légal et affiché. On peut malgré tout laisser quelques euros.
En Grèce et au Portugal, cinq à dix pour cent sont appréciés dans les restaurants touristiques, rien d’obligatoire ailleurs. En Espagne, les Espagnols eux-mêmes laissent très peu : quelques pièces.
Royaume-Uni et Irlande
Dix à douze et demi pour cent au restaurant, souvent déjà ajoutés sous la forme d’un service charge qu’il faut lire avant de payer deux fois. Au pub, on ne laisse pas de pourboire quand on commande au bar — c’est l’usage, pas une avarice. On peut offrir un verre au barman, ce qui est la forme locale du geste.
Europe du Nord
En Scandinavie et en Islande, les salaires sont élevés et le pourboire quasi inexistant. Arrondir l’addition suffit largement. Insister peut même créer une gêne.
Asie
Japon et Corée du Sud : ne pas laisser de pourboire
C’est l’exception culturelle la plus nette du monde du voyage. Au Japon, le service impeccable est considéré comme la norme professionnelle, pas comme un extra méritant récompense. Laisser de l’argent sur une table peut être compris comme une maladresse, voire une condescendance. Un serveur vous rattrapera dans la rue pour vous rendre la monnaie oubliée.
Il existe une exception : les ryokan traditionnels et les guides privés, où un pourboire se remet discrètement dans une enveloppe, jamais en billets nus. En Corée du Sud, la logique est la même, avec une légère ouverture dans les hôtels internationaux.
Asie du Sud-Est
En Thaïlande, au Vietnam, au Cambodge et en Indonésie, le pourboire n’est pas traditionnel mais s’est installé dans le secteur touristique. Arrondir l’addition, laisser l’équivalent d’un à deux dollars, vingt à cinquante mille dongs, cinquante bahts : les montants sont faibles et l’effet réel.
Les guides et chauffeurs privés constituent une catégorie à part, et c’est là que se joue l’essentiel : cinq à dix dollars par jour pour un chauffeur, dix à vingt pour un guide, remis en fin de service. Votre conseiller ou votre voyagiste peut donner les fourchettes locales, qui sont souvent documentées.
Inde et Népal
Le bakchich irrigue une grande partie des échanges. Dix pour cent au restaurant, de petites sommes très fréquemment ailleurs : le porteur, le gardien de chaussures au temple, le chauffeur de tuk-tuk. Gardez toujours des petites coupures, elles sont l’outil principal de la journée.
Pour un trek au Népal, le pourboire des guides et des porteurs est une institution encadrée, avec des montants recommandés par les agences locales. Ce n’est pas facultatif : c’est une part structurante de leur revenu annuel.
Afrique et Moyen-Orient
Maroc, Égypte, Tunisie
Le pourboire est une pratique sociale dense. Au Maroc, dix pour cent au restaurant, quelques dirhams au gardien de parking, au porteur, au serveur de thé. En Égypte, la même logique, avec une fréquence plus élevée encore dans les sites touristiques.
Deux conseils pratiques valent mieux qu’un barème. D’abord, préparez chaque matin une poche de petite monnaie, séparée de votre portefeuille. Ensuite, acceptez que tout le monde ne mérite pas un pourboire : un guide non sollicité qui vous suit dans une médina n’a pas rendu service, et refuser poliment mais fermement fait partie du voyage.
Safaris en Afrique australe
C’est le cas où le pourboire pèse le plus lourd dans le budget, et où il est le plus attendu. En Afrique du Sud, en Tanzanie, au Kenya, au Botswana et en Namibie, les lodges publient des fourchettes recommandées : dix à vingt dollars américains par jour et par personne pour le guide-pisteur, cinq à dix pour le personnel du lodge, versés dans une boîte commune.
Sur un safari de dix jours à deux, cela représente facilement quatre à six cents dollars. Ce n’est pas un détail : c’est une ligne à inscrire au budget dès le départ, au même titre que les entrées de parcs.
Émirats, Oman, Jordanie
Dix pour cent au restaurant, souvent déjà ajoutés sous forme de frais de service — qui, dans les Émirats, ne revient pas toujours au personnel. Un petit supplément en liquide est donc apprécié.

Amérique du Sud
Dix pour cent au restaurant est la règle au Pérou, en Colombie, au Chili et en Argentine, souvent déjà indiqué comme suggestion sur l’addition. En Brésil, dix pour cent sont généralement ajoutés d’office.
Pour les guides de montagne, les porteurs sur le chemin de l’Inca ou l’équipage d’une croisière aux Galápagos, les fourchettes sont publiées par les opérateurs et se situent entre dix et vingt-cinq dollars par jour et par voyageur.
Guide des pourboires : les situations qui reviennent partout
- Le chauffeur de transfert aéroport : deux à cinq dollars, davantage s’il porte les valises.
- Le personnel d’étage : un à deux dollars par nuit, laissés chaque jour plutôt qu’à la fin — ce n’est pas la même personne tous les jours.
- Le concierge : rien pour une indication, cinq à vingt dollars pour une réservation obtenue là où c’était complet.
- Le guide d’une visite gratuite : ces visites vivent uniquement du pourboire. Dix à quinze dollars par personne pour deux heures est correct.
- Le personnel d’une croisière : une contribution quotidienne est presque toujours ajoutée automatiquement à la note de cabine.
Questions fréquentes
Combien laisser au restaurant en France ?
Le service est inclus dans le prix. On arrondit : deux ou trois euros sur une addition courante, cinq à dix sur un bon repas à deux. Quinze pour cent n’est pas attendu.
Faut-il donner un pourboire au Japon ?
Non, et mieux vaut s’abstenir. Le service est considéré comme la norme professionnelle, et laisser de l’argent peut être mal compris. Les exceptions sont les ryokan traditionnels et les guides privés, où le pourboire se remet dans une enveloppe.
Dans un tout-inclus, faut-il quand même donner ?
La mention « pourboires inclus » désigne une redistribution collective souvent modeste. Un ou deux dollars remis directement au barman ou laissés chaque matin pour le personnel d’étage font une vraie différence, des deux côtés.
Combien prévoir de pourboires sur un safari ?
Dix à vingt dollars américains par jour et par personne pour le guide, cinq à dix pour le personnel du lodge. Sur dix jours à deux, comptez quatre à six cents dollars : c’est une ligne budgétaire à part entière.
Peut-on donner un pourboire par carte ?
Aux États-Unis et au Royaume-Uni, oui, une ligne est prévue. Ailleurs, le liquide est presque toujours préférable : il arrive directement à la personne, sans passer par la caisse.
En quelle monnaie donner ?
En monnaie locale, sauf dans quelques contextes — safaris, Cuba, certains guides privés — où le dollar américain est attendu. Une devise que la personne devra changer à perte n’est pas un cadeau.
Que faire si le service a été mauvais ?
Dans les pays où le pourboire est le salaire, réduisez sans supprimer et dites pourquoi. Ailleurs, ne rien laisser est parfaitement acceptable : c’est précisément ce que le geste signifie.
Comment savoir si le service est déjà inclus ?
Lisez l’addition avant de payer : cherchez les mentions service, servicio, coperto, service charge ou propina sugerida. Le doublon est l’erreur la plus fréquente des voyageurs, et la plus coûteuse.
