On atterrit à Cusco après une nuit de vols. L’air est frais, le ciel est immense, et au bout de dix minutes de marche jusqu’au taxi, le cœur bat comme après un escalier de six étages. Bienvenue à trois mille quatre cents mètres, et au premier signe du mal des montagnes.
Le mal aigu des montagnes touche une bonne moitié des voyageurs qui montent trop vite au-dessus de deux mille cinq cents mètres. Il n’a rien à voir avec la condition physique — les athlètes y sont aussi sujets que les autres, et parfois davantage parce qu’ils forcent. Il a tout à voir avec la vitesse de montée.
Voici comment on le prévient, comment on le reconnaît, et pourquoi il ne faut jamais monter avec des symptômes.
Ce qui se passe dans le corps
À trois mille cinq cents mètres, la pression atmosphérique est d’environ deux tiers de celle du niveau de la mer. Le pourcentage d’oxygène dans l’air ne change pas — il reste à vingt et un pour cent — mais chaque inspiration en apporte un tiers de moins.
Le corps s’adapte : la respiration s’accélère, le cœur bat plus vite, les reins éliminent davantage, et en quelques jours la production de globules rouges augmente. Cette adaptation prend du temps. Le mal aigu des montagnes, c’est exactement l’écart entre la vitesse de la montée et celle de l’adaptation.
Les destinations concernées
| Lieu | Altitude | Risque |
|---|---|---|
| Mexico | 2 240 m | Faible : essoufflement possible |
| Bogotá | 2 640 m | Modéré |
| Cusco (Pérou) | 3 400 m | Élevé : acclimatation nécessaire |
| Lac Titicaca, Puno | 3 800 m | Élevé |
| La Paz (Bolivie) | 3 600 m | Élevé |
| Camp de base de l’Everest | 5 360 m | Très élevé : montée progressive obligatoire |
| Kilimandjaro (sommet) | 5 895 m | Très élevé |
| Machu Picchu | 2 430 m | Faible : plus bas que Cusco |
Les voyages les plus exposés au départ du Québec sont le Pérou, la Bolivie, l’Équateur, le Népal et la Tanzanie pour le Kilimandjaro.

Reconnaître les symptômes du mal des montagnes
Le mal aigu des montagnes : bénin mais à respecter
Il apparaît six à douze heures après l’arrivée en altitude et ressemble à une gueule de bois : mal de tête, fatigue, perte d’appétit, nausées, sommeil agité, essoufflement à l’effort.
Ce n’est pas grave en soi. Mais c’est un signal, et le signal a une seule interprétation : ne pas monter plus haut tant que les symptômes persistent.
Les deux formes graves
L’œdème pulmonaire de haute altitude se manifeste par un essoufflement au repos, une toux persistante parfois avec des crachats mousseux, une oppression thoracique et une fatigue extrême.
L’œdème cérébral de haute altitude se manifeste par une confusion, une démarche instable comme si l’on était ivre, des maux de tête qui ne cèdent à rien, une somnolence anormale.
Dans les deux cas, la conduite est identique et non négociable : redescendre immédiatement, de cinq cents à mille mètres au minimum, et chercher une aide médicale. Ce sont des urgences vitales, et la descente est le seul traitement qui fonctionne toujours.
La prévention : la montée progressive
Toutes les recommandations tiennent en une règle simple, formulée par les sociétés de médecine de montagne : au-dessus de trois mille mètres, ne pas augmenter l’altitude de couchage de plus de cinq cents mètres par jour, et prévoir une journée de repos tous les mille mètres.
- Arrivez bas, montez ensuite. Au Pérou, commencer par la Vallée sacrée à deux mille huit cents mètres plutôt que par Cusco à trois mille quatre cents change tout.
- Ne planifiez rien le premier jour. Pas d’excursion, pas de marche, pas de visite. Le premier jour sert à respirer.
- Buvez beaucoup, trois à quatre litres par jour : l’altitude déshydrate par la respiration.
- Pas d’alcool les deux premiers jours, ni de somnifère : les deux dépriment la respiration pendant le sommeil.
- Mangez léger et sucré. L’organisme en altitude utilise mieux les glucides.
- Montez haut, dormez bas si vous randonnez : l’altitude de couchage est celle qui compte.
Les traitements préventifs
L’acétazolamide accélère l’acclimatation et réduit nettement l’incidence du mal aigu des montagnes. Il se prescrit, se commence un à deux jours avant la montée, et a des effets secondaires connus — fourmillements aux extrémités, goût altéré des boissons gazeuses, besoin d’uriner plus fréquent. Il ne remplace pas la montée progressive : il l’accompagne.
C’est une décision médicale, à prendre en consultation santé-voyage avant le départ, en même temps que le reste du programme décrit dans notre article sur les vaccins.
Et la feuille de coca ?
Le thé de coca fait partie de la culture andine et procure un soulagement léger et réel des symptômes bénins. Il n’a aucun effet démontré sur l’acclimatation elle-même et ne dispense d’aucune précaution. À noter : il peut produire un résultat positif à un test de dépistage, et transporter des feuilles hors du pays est illégal.

Construire un itinéraire qui respecte l’altitude
C’est ici qu’un bon itinéraire se distingue d’un mauvais, et la différence n’est pas visible sur une brochure.
Un circuit péruvien qui vous fait atterrir à Cusco le jour un et monter au col d’Abra Málaga le jour deux est mal construit, même s’il est moins cher. Un circuit qui commence par la Vallée sacrée, garde Cusco pour le quatrième jour et place le Machu Picchu après, est bien construit — et il coûte parfois la même chose.
Les questions à poser à un conseiller : quelle est l’altitude de couchage chaque nuit ? Y a-t-il une journée sans effort après l’arrivée en altitude ? L’itinéraire prévoit-il une marge en cas de symptômes ? Un opérateur sérieux a ces réponses.
Le circuit classique du Pérou, nuit par nuit
Le circuit classique suit le sud du pays : Lima, Arequipa, le canyon de Colca, le lac Titicaca, puis Cusco et le Machu Picchu. Lu dans ce sens, il monte par paliers. Lu à l’envers, il vous dépose à trois mille quatre cents mètres le premier jour.
| Étape | Altitude où l’on dort | Ce qui se joue |
|---|---|---|
| Lima | 154 m | Aucun risque. La nuit sert à récupérer du vol depuis Montréal. |
| Arequipa | 2 335 m | Premier palier. On marche, on visite, le corps commence son travail. |
| Chivay (canyon de Colca) | environ 3 600 m | Le saut le plus brutal du circuit, avec un col à plus de 4 800 m en route. |
| Puno (lac Titicaca) | environ 3 800 m | La nuit la plus haute de tout le voyage. |
| Cusco | 3 399 m | Facile si l’on arrive de Puno, déjà acclimaté. |
| Vallée sacrée (Ollantaytambo) | 2 792 m | Le bon endroit pour dormir plus bas que Cusco. |
| Aguas Calientes | 2 040 m | La nuit la plus basse avant le Machu Picchu, à 2 430 m. |
Le tronçon Arequipa–Chivay mérite qu’on s’y arrête. C’est un gain de près de mille trois cents mètres en une journée, plus du double de ce que recommandent les guides de médecine de montagne au-delà de trois mille mètres. Deux nuits à Arequipa avant de partir ne changent pas l’arithmétique, mais elles laissent au corps le temps de commencer. Si le circuit qu’on vous propose n’en prévoit qu’une, demandez pourquoi.
Entre Puno et Cusco, le train comme la route franchissent le col de La Raya, à 4 319 mètres. On y passe, on n’y dort pas : c’est sans conséquence pour qui arrive du lac Titicaca.
Arriver par Lima, Arequipa ou directement à Cusco ?
Le vol Lima–Cusco fait passer du niveau de la mer à trois mille quatre cents mètres en un peu plus d’une heure. C’est l’option la plus courte, et la plus risquée : selon le CDC américain, environ la moitié des voyageurs qui atterrissent directement à cette altitude ont des symptômes. La parade tient en une phrase du même CDC : dormir une ou deux nuits plus bas que l’aéroport. Au Pérou, ça veut dire filer vers la Vallée sacrée dès l’atterrissage et ne remonter à Cusco qu’ensuite.
Par le sud, en commençant par Arequipa, on monte par étapes et Cusco arrive en fin de parcours, quand le corps a déjà fait le gros du travail. Ce parcours demande deux semaines au moins.
Notre position : pour un voyage de dix jours, vol direct vers Cusco et premières nuits dans la Vallée sacrée. Pour deux semaines ou plus, le circuit par le sud. Dans les deux cas, la question à poser est la même : où dort-on la première nuit en altitude ?
Les excursions au-dessus de quatre mille mètres
Les plus belles journées du sud du Pérou se passent plus haut que Cusco. On y monte pour quelques heures, puis on redescend dormir : c’est la règle « monter haut, dormir bas » appliquée à la lettre. Ce qui compte, c’est le moment où on les place dans le voyage.
| Excursion | Point le plus haut | Délai avant d’y aller |
|---|---|---|
| Lagune Humantay | environ 4 200 m (départ vers 3 800 m) | Un à deux jours à Cusco au moins |
| Rainbow Mountain (Vinicunca) | 5 036 m, souvent annoncé à 5 200 m | Deux à trois jours à Cusco au moins |
| Chemin de l’Inca, col de Warmiwañusca | environ 4 200 m, le deuxième jour | Deux jours au moins à Cusco ou dans la Vallée sacrée |
| Col de Patapampa (route de Colca) | plus de 4 800 m | Passage en car, sans nuit |
| Col de La Raya (Puno–Cusco) | 4 319 m | Passage en train ou en car, sans nuit |
Les délais de ce tableau reprennent ceux des opérateurs locaux, arrondis vers le haut. Ce sont des minimums, pas des promesses.
Rainbow Mountain le deuxième jour à Cusco, avec un départ à quatre heures du matin, c’est la meilleure façon de rater le reste du voyage. Placez-la en fin de séjour.
Le soroche sur place : oxygène, coca et bon sens
Au Pérou et en Bolivie, on ne parle pas de mal aigu des montagnes. On parle de soroche. Le mot revient partout : à la réception de l’hôtel, chez le guide, au marché.
Certains hôtels haut de gamme de Cusco, comme le Palacio Nazarenas, peuvent enrichir l’air de la chambre en oxygène sur demande. Ça soulage. D’après le CDC, un à deux litres d’oxygène par minute font passer un mal de tête en une demi-heure environ, alors que les petites bonbonnes vendues aux touristes ne donnent qu’un répit bref. Mais l’oxygène n’acclimate pas : il masque. Si les symptômes reviennent dès qu’on l’arrête, ou s’ils s’aggravent, la réponse reste la descente.
Pour le thé de coca, tout est dit plus haut : il soulage un peu, il n’accélère rien, et les feuilles restent au Pérou.
Bolivie : La Paz, El Alto et le salar d’Uyuni
En avion, on n’arrive pas à La Paz. On arrive à El Alto, l’aéroport international le plus haut du monde, à 4 061 mètres, quatre cents mètres au-dessus de la ville. Le premier réflexe est donc de descendre vers La Paz, et de ne rien prévoir d’autre ce jour-là.
Le salar d’Uyuni est à environ 3 650 mètres. Les excursions de plusieurs jours qui partent du salar dorment dans des refuges dont l’altitude varie d’une agence à l’autre : demandez celle de chaque nuit avant de réserver.
Le bon ordre, quand on combine les deux pays, c’est le Pérou d’abord. Après une semaine entre Cusco et le lac Titicaca, on arrive en Bolivie acclimaté, et La Paz devient une ville comme une autre.
Qui doit consulter avant de partir
- Toute personne avec une maladie cardiaque ou respiratoire connue.
- Les personnes atteintes d’anémie falciforme, pour qui l’altitude présente un risque spécifique.
- Les femmes enceintes, pour qui les séjours prolongés en haute altitude sont généralement déconseillés.
- Toute personne ayant déjà fait un épisode sévère en altitude : l’antécédent est le meilleur prédicteur d’une récidive.
- Les personnes sous traitement pouvant interagir avec l’acétazolamide.
Questions fréquentes
À partir de quelle altitude le mal des montagnes apparaît-il ?
Généralement au-dessus de deux mille cinq cents mètres, avec une fréquence qui augmente nettement au-delà de trois mille. Cusco, Puno et La Paz sont tous au-dessus de ce seuil.
La bonne forme physique protège-t-elle ?
Non. Le mal aigu des montagnes ne dépend pas de la condition physique, et les personnes entraînées y sont parfois plus exposées parce qu’elles montent plus vite et forcent davantage.
Combien de temps faut-il pour s’acclimater à Cusco ?
Deux à trois jours sans effort permettent à la plupart des gens de se sentir normalement. Commencer le séjour dans la Vallée sacrée, plus basse, raccourcit sensiblement cette période.
Faut-il prendre de l’acétazolamide ?
C’est une décision médicale. Il réduit réellement l’incidence des symptômes mais ne remplace pas une montée progressive, et il a des effets secondaires à connaître avant de partir.
Le thé de coca aide-t-il vraiment ?
Il soulage légèrement les symptômes bénins et fait partie de la culture locale. Il n’accélère pas l’acclimatation et ne dispense d’aucune précaution. Ne rapportez pas de feuilles : c’est illégal.
Que faire si les symptômes s’aggravent ?
Redescendre, immédiatement, d’au moins cinq cents à mille mètres, et chercher une aide médicale. La descente est le seul traitement qui fonctionne toujours.
Le Machu Picchu est-il en haute altitude ?
Moins que Cusco : deux mille quatre cent trente mètres contre trois mille quatre cents. C’est la ville de départ qui pose problème, pas le site lui-même.
Peut-on voler tout de suite après un séjour en altitude ?
Oui, la descente vers le niveau de la mer ne pose aucun problème. C’est l’inverse — monter vite — qui en pose. En revanche, attendez au moins vingt-quatre heures après une plongée sous-marine avant de prendre l’avion.
Qu’est-ce que le soroche ?
C’est le nom donné au mal des montagnes dans les Andes, au Pérou comme en Bolivie. Mêmes symptômes, même conduite : on ne monte plus tant qu’ils durent, et on redescend s’ils s’aggravent.
Peut-on faire Rainbow Mountain sans s’acclimater ?
Non. Le sommet dépasse cinq mille mètres. Comptez deux à trois jours à Cusco au minimum avant d’y aller, et renoncez si vous avez encore mal à la tête le matin du départ.
Les hôtels de Cusco ont-ils de l’oxygène ?
Certains hôtels haut de gamme en proposent dans les chambres. Ça soulage un mal de tête, ça n’accélère pas l’acclimatation, et ça ne remplace jamais la descente si les symptômes s’aggravent.
Combien de jours avant le Chemin de l’Inca ?
Deux jours au moins à Cusco ou dans la Vallée sacrée, trois si vous le pouvez. Le col le plus haut, à environ 4 200 mètres, se franchit dès le deuxième jour de marche.
