Il est vingt-trois heures à Hanoï. Votre conjoint a une douleur au ventre qui ne passe pas depuis quatre heures. Vous êtes dans une chambre d’hôtel, vous ne parlez pas la langue, et vous ne savez pas si c’est sérieux. C’est une urgence à l’étranger, et tout dépend de l’ordre dans lequel vous allez appeler.
Ce moment-là, personne ne l’imagine en préparant un voyage. Et c’est précisément pour ce moment-là qu’il faut savoir, d’avance, qui appeler et dans quel ordre. Parce que l’ordre change tout : il décide de la qualité des soins, du montant que vous avancerez, et de ce qui vous sera remboursé.
Voici la marche à suivre, du plus urgent au plus administratif.
Urgence à l’étranger : l’ordre des appels
| Situation | Qui appeler en premier | Ensuite |
|---|---|---|
| Urgence vitale | Les secours locaux | L’assurance, dès que possible |
| Problème sérieux non vital | La ligne d’assistance de l’assurance | L’établissement qu’elle indique |
| Problème mineur | La réception de l’hôtel, ou une pharmacie | L’assurance si une consultation suit |
| Arrestation, détention | Le consulat du Canada | Un avocat local, via la liste consulaire |
| Vol, agression | La police locale, pour le rapport | L’assurance, puis le consulat si documents perdus |
| Décès d’un proche ici | La ligne d’assistance | Elle organise le retour anticipé |
Pourquoi l’assurance d’abord
Trois raisons, et elles pèsent lourd. D’abord, la plupart des polices imposent un appel préalable pour tout traitement non urgent, sous peine de réduction du remboursement — souvent vingt à trente pour cent — voire de refus.
Ensuite, l’assureur oriente vers un établissement reconnu. Dans beaucoup de pays, la différence entre deux hôpitaux à dix minutes l’un de l’autre est considérable, et vous n’avez aucun moyen de le savoir.
Enfin, l’assureur peut garantir directement le paiement à l’établissement. C’est la différence entre avancer quarante mille dollars sur votre carte de crédit et n’avancer rien du tout.
Les numéros d’urgence locaux
Il n’existe pas de numéro universel, mais deux couvrent une grande partie du monde : le 112 fonctionne dans toute l’Union européenne et dans de nombreux autres pays, souvent depuis un téléphone sans carte SIM active. Le 911 couvre l’Amérique du Nord et plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes.
Ailleurs, notez le numéro local à l’arrivée — la réception de l’hôtel le donne en dix secondes. Certains pays ont des numéros distincts pour la police, les pompiers et l’ambulance.

À l’hôpital
- Présentez votre carte d’assurance et le numéro de dossier ouvert par l’assistance. C’est ce qui déclenche la prise en charge directe.
- Demandez un rapport médical écrit, dans une langue lisible si possible, avec les diagnostics et les traitements.
- Gardez toutes les factures détaillées, y compris les médicaments et les taxis vers l’hôpital.
- Ne signez rien que vous ne comprenez pas sans avoir appelé l’assistance : certains établissements font signer une reconnaissance de dette avant les soins.
- Demandez qu’on informe l’assistance si l’état évolue ou si un transfert est envisagé.
L’évacuation médicale
C’est la garantie la plus coûteuse et la plus décisive d’une police. Une évacuation en avion médicalisé depuis les Caraïbes vers Montréal se chiffre entre trente et cent mille dollars ; depuis l’Asie ou l’Afrique, davantage encore.
La décision d’évacuer appartient à l’assureur, sur avis médical, et pas au patient. Elle intervient quand les soins locaux sont insuffisants et que l’état permet le transport. C’est la raison pour laquelle on ne choisit pas une police au seul prix : ce poste seul justifie l’écart.
Ce que le consulat fait, et ne fait pas
La confusion sur ce point produit beaucoup de déceptions. Le réseau consulaire canadien est là, il est joignable en tout temps, et son champ d’action est précis.
| Le consulat peut | Le consulat ne peut pas |
|---|---|
| Délivrer un passeport d’urgence ou un titre de voyage | Payer vos frais médicaux ou votre billet de retour |
| Fournir une liste d’avocats et de médecins locaux | Vous représenter en justice |
| Contacter vos proches au Canada | Vous faire sortir de prison |
| Vérifier vos conditions de détention | Intervenir dans une procédure judiciaire locale |
| Aider à organiser un transfert de fonds | Avancer de l’argent |
| Assister en cas de décès à l’étranger | Prendre en charge les frais de rapatriement d’un corps |
En cas d’arrestation
Demandez immédiatement à contacter le consulat du Canada — c’est un droit reconnu par la Convention de Vienne. Ne signez aucun document que vous ne comprenez pas. Le consulat ne vous fera pas sortir, mais il vérifiera que vous êtes traité conformément au droit local, vous fournira une liste d’avocats et préviendra votre famille.
Une nuance importante : si vous avez aussi la citoyenneté du pays où vous êtes détenu, celui-ci peut refuser l’accès consulaire canadien. Notre article sur la double citoyenneté explique cette limite.

La barrière de la langue
Elle est plus facile à franchir qu’il n’y paraît, à condition d’y avoir pensé avant.
- Une fiche médicale traduite : diagnostics, médicaments en noms génériques, allergies, groupe sanguin. Rédigée en français et en anglais, elle règle l’essentiel.
- Une application de traduction avec le module hors ligne téléchargé avant le départ.
- La ligne d’assistance de l’assurance, qui parle français et qui appelle l’hôpital pour vous. C’est son rôle principal, et le plus sous-utilisé.
- La réception de l’hôtel, qui sert d’interprète bien plus souvent qu’on ne le demande.
Au retour
- Réclamez dans les délais : trente à quatre-vingt-dix jours selon les contrats, à compter du retour ou de la date des soins.
- Fournissez le dossier complet : rapports médicaux, factures détaillées, preuves de paiement, rapport de police le cas échéant.
- Consultez ici si un symptôme persiste, en mentionnant explicitement le voyage et les pays visités.
- Toute fièvre dans les trois mois suivant un séjour en zone de paludisme est une urgence : dites-le dès l’accueil.
Questions fréquentes
Qui appeler en premier en cas de problème de santé à l’étranger ?
La ligne d’assistance de votre assurance, sauf urgence vitale où l’on appelle d’abord les secours locaux. Cet appel conditionne souvent le remboursement et permet une prise en charge directe des frais.
Le 112 fonctionne-t-il partout ?
Dans toute l’Union européenne et dans de nombreux autres pays, souvent même sans carte SIM active. Le 911 couvre l’Amérique du Nord et une partie de l’Amérique latine. Ailleurs, notez le numéro local dès l’arrivée.
L’ambassade peut-elle payer mes frais médicaux ?
Non, jamais. Elle peut aider à organiser un transfert de fonds depuis le Canada et fournir une liste de médecins, mais tous les frais restent à votre charge ou à celle de votre assurance.
Faut-il avancer les frais à l’hôpital ?
Pas nécessairement. Beaucoup d’assureurs garantissent directement le paiement à l’établissement, à condition d’avoir été appelés. C’est l’un des principaux intérêts de l’appel préalable.
Que faire si je suis arrêté à l’étranger ?
Demandez immédiatement à contacter le consulat du Canada, et ne signez aucun document que vous ne comprenez pas. Le consulat vérifie vos conditions de détention et fournit une liste d’avocats locaux.
Combien coûte une évacuation médicale ?
De trente à cent mille dollars depuis les Caraïbes, davantage depuis l’Asie ou l’Afrique. C’est le poste qui justifie à lui seul de ne pas choisir une police au prix le plus bas.
Puis-je me faire soigner dans n’importe quel hôpital ?
Techniquement oui, mais la qualité varie beaucoup d’un établissement à l’autre. L’assureur oriente vers des établissements reconnus, ce que vous n’avez aucun moyen d’évaluer seul à deux heures du matin.
Que faire au retour si un symptôme persiste ?
Consultez en mentionnant explicitement le voyage et les pays visités. Certaines infections se déclarent tardivement, et toute fièvre après un séjour en zone de paludisme est une urgence médicale.
