La mention tient en quelques lignes, mais elle apparaît maintenant sur des pages que beaucoup de voyageurs québécois consultent avant de partir. Entre le 13 et le 15 octobre, le gouvernement du Canada a ajouté une section « El Niño 2026-2027 » aux conseils aux voyageurs du Pérou, de l’Équateur, du Costa Rica, des Bahamas, d’Aruba, de la Thaïlande et d’une bonne vingtaine d’autres pays. Le message est le même partout : le phénomène est en cours, il devrait se renforcer, et il « pourrait accroître les risques climatiques, notamment des sécheresses, des inondations et de violentes tempêtes ».
L’avertissement ne change aucun niveau de risque et n’interdit aucun voyage. Il tombe pourtant au moment où se préparent les séjours de l’hiver et de la relâche, et l’épisode en cours s’annonce comme l’un des plus puissants jamais mesurés. Voici ce que disent les prévisions, région par région, et ce qu’il est prudent de vérifier avant de réserver.
Un El Niño en voie de battre les records
El Niño désigne le réchauffement anormal des eaux de surface dans l’est du Pacifique équatorial. Celui de 2026 est exceptionnel. Dans son bilan du 8 octobre, le Climate Prediction Center de la NOAA relève un écart de +2,1 °C dans la zone de référence Niño-3.4 et de plus de 4 °C par endroits dans l’est du Pacifique. L’agence américaine juge « probable » un épisode fort à très fort jusqu’en janvier-mars 2027, et évalue à 83 % la probabilité qu’il dépasse, d’octobre à décembre, tous les épisodes mesurés depuis 1950.
Les effets se font déjà sentir. Selon l’Associated Press, le Pacifique Est, d’où partent les tempêtes qui menacent le Mexique et Hawaï, a battu la semaine dernière son record d’énergie cyclonique accumulée, qui datait de 2018. L’Atlantique, à l’inverse, traverse une saison étonnamment calme, comme nous l’expliquions en septembre dans notre article sur la saison des ouragans sans ouragan.

Les destinations visées par Ottawa
D’après notre relevé des pages de voyage.gc.ca, la section sur El Niño figurait le 21 octobre dans les conseils d’au moins 23 destinations. La liste couvre l’Amérique latine, une partie des Antilles et l’Asie :
- Amérique du Sud : Pérou, Équateur, Colombie, Bolivie, Chili, Argentine et Brésil ;
- Amérique centrale et Mexique : Mexique, Costa Rica, Panama, Guatemala, Honduras et Nicaragua ;
- Antilles : Bahamas, Aruba, Trinité-et-Tobago ;
- Asie et Océanie : Thaïlande, Vietnam, Indonésie, Philippines, Inde et Australie ;
- États-Unis, Floride et Hawaï compris.
Plusieurs destinations très fréquentées par les Québécois n’y figuraient pas à cette date : la République dominicaine, la Jamaïque, Cuba, la Barbade et Sainte-Lucie. Leurs pages n’ont pas été modifiées depuis le printemps ou l’été, ce qui ne signifie pas qu’elles échapperont à El Niño. Le texte d’Ottawa reste général ; seule la page de l’Équateur entre dans le détail, en précisant que le Secrétariat national de gestion des risques a classé à risque 17 provinces, 143 cantons et 491 paroisses, surtout sous 1 500 mètres d’altitude, sur la côte, dans la Sierra, en Amazonie et aux Galápagos.
Ce qu’El Niño annonce pour vos vacances, région par région
Les effets d’El Niño varient beaucoup d’une région à l’autre, et une prévision saisonnière décrit des tendances, pas la météo d’une semaine précise. Voici ce qu’annoncent les organismes officiels pour les destinations où les voyageurs québécois se rendent le plus en hiver.
| Destination | Ce qu’annoncent les prévisions | Pour le voyageur |
|---|---|---|
| Côte nord et centre du Pérou | Épisode côtier « extraordinaire » jusqu’en janvier 2027, pluies supérieures à la normale (ENFEN) | Routes coupées et coulées de boue possibles, y compris autour de Lima |
| Sud des Andes péruviennes | Pluies normales ou inférieures à la normale (ENFEN) | Saison des pluies de septembre à avril, comme chaque année |
| Équateur et Galápagos | Fortes pluies et inondations possibles d’octobre à mai (Ottawa) | Assurance couvrant les perturbations d’itinéraire recommandée |
| Floride | Hiver plus humide que la normale, températures proches de la normale (NOAA) | Davantage de journées pluvieuses et orageuses possibles |
| Côte Pacifique du Mexique | Saison cyclonique record dans le Pacifique Est (AP) | La saison officielle se termine à la fin novembre |
| Canal de Panama | Sécheresse attendue jusqu’à la mi-2027 (AFP) | Passages quotidiens limités à 32 navires |
Au Pérou, la commission nationale chargée du suivi d’El Niño, l’ENFEN, maintient l’alerte et prévoit un épisode côtier « extraordinaire » jusqu’en janvier, puis « fort » jusqu’au début de l’automne austral, en mars. Les pluies devraient frapper surtout la côte nord, la côte centrale et le nord-ouest des Andes. Le sud de la sierra, où se trouvent Cusco et le Machu Picchu, s’attend au contraire à des pluies normales ou déficitaires. Le circuit classique n’est donc pas le plus exposé, mais un séjour à Lima ou sur les plages du Nord, comme Máncora, mérite d’être suivi de près.

En Floride, les perspectives d’hiver publiées le 15 octobre par la NOAA favorisent un temps plus humide que d’habitude sur tout le sud des États-Unis, avec des températures proches de la normale. Le directeur du National Weather Service, Ken Graham, prévient qu’El Niño fait pencher la balance vers « un temps plus orageux dans le Sud ».
Au Panama, l’effet est inverse : la sécheresse. Faute de pluie dans les lacs qui l’alimentent, l’autorité du canal a ramené à 32 le nombre de passages quotidiens, contre 36 auparavant, et réduit le tirant d’eau autorisé, selon l’AFP. Les mesures visent surtout le transport de marchandises ; aucune des sources consultées ne signale d’itinéraire de croisière modifié. Si votre croisière doit franchir le canal cet hiver, demandez tout de même à votre croisiériste ce qui est prévu en cas de restriction plus sévère.
Réserver un voyage sous El Niño
Il n’y a aucune raison de renoncer à un voyage. Il est en revanche plus prudent de prévoir de la souplesse quand on part dans une zone signalée.
- Relisez la page de votre destination sur voyage.gc.ca avant de réserver, puis de nouveau quelques jours avant le départ ;
- Prévoyez une journée tampon avant un vol international quand l’itinéraire passe par la route, en particulier sur la côte péruvienne ou équatorienne ;
- Suivez les services météo locaux, comme le Senamhi au Pérou ou l’INAMHI en Équateur, que cite Ottawa ;
- Inscrivez-vous au service d’Inscription des Canadiens à l’étranger, qui vous permet de recevoir les alertes du gouvernement sur place.
Questions fréquentes
Ottawa déconseille-t-il de voyager à cause d’El Niño ?
Non. La section ajoutée à la mi-octobre est informative : elle ne modifie aucun niveau de risque. Elle invite à suivre la météo locale et à se préparer à des perturbations, notamment des inondations, des sécheresses et des tempêtes.
Combien de temps l’épisode va-t-il durer ?
La NOAA juge probable un épisode fort à très fort jusqu’en janvier-mars 2027. Au Pérou, l’ENFEN prévoit des effets sur la côte jusqu’au début de l’automne austral, en mars 2027. Le prochain bilan de la NOAA est attendu le 12 novembre.
La République dominicaine et Cuba sont-elles concernées ?
Leurs conseils aux voyageurs ne mentionnaient pas El Niño le 21 octobre. Les prévisions saisonnières officielles consultées ne donnent pas de tendance précise pour leurs précipitations cet hiver. Consultez la page de votre destination avant le départ, car Ottawa peut l’ajouter à tout moment.
Faut-il éviter le Machu Picchu cet hiver ?
Pas nécessairement. Le sud des Andes, où se trouvent Cusco et le Machu Picchu, devrait recevoir des pluies normales ou inférieures à la normale selon l’ENFEN. La saison des pluies y dure toutefois de septembre à avril chaque année : des glissements de terrain peuvent perturber la route et le train, El Niño ou pas.
