La sécurité en voyage est le sujet sur lequel on lit le plus de bêtises. D’un côté, une inquiétude généralisée qui transforme chaque ville étrangère en zone de guerre. De l’autre, une insouciance qui consiste à faire ailleurs ce qu’on ne ferait jamais ici.
La réalité est prosaïque. Ce qui arrive aux voyageurs, dans quatre-vingt-quinze pour cent des cas, ce sont des vols à la tire, des arnaques de rue et des accidents de la route. Pas des enlèvements, pas des attentats. Et ces trois-là se préviennent avec une poignée d’habitudes qui ne coûtent aucun plaisir.
Voici ces habitudes, les arnaques qu’on rencontre partout, et comment lire un avis officiel sans paniquer ni l’ignorer.
Le vrai palmarès des risques
Classons ce qui arrive réellement aux voyageurs, par fréquence décroissante. La liste surprend toujours.
- Les accidents de la route. De loin la première cause de décès et de blessure grave des voyageurs. Le scooter loué sans casque à Bali, la route de montagne au Pérou, le taxi sans ceinture.
- Les vols à la tire et les vols d’opportunité. Sac laissé au pied d’une chaise, téléphone posé sur une table de terrasse, portefeuille dans la poche arrière.
- Les accidents domestiques et de baignade. Noyade, chute, coup de chaleur.
- Les arnaques financières, du taxi au compteur trafiqué au faux policier.
- Les problèmes de santé, traités dans nos autres articles.
- Les agressions violentes, statistiquement rares, mais concentrées dans des lieux et des heures identifiables.
La conséquence est claire : porter attention à la route et à son sac protège infiniment plus que toute autre précaution.
Sécurité en voyage : les habitudes qui changent tout
Sur soi
- Ne jamais tout avoir au même endroit. Une carte dans le portefeuille, une autre à l’hôtel. Un peu de liquide sur soi, le reste au coffre.
- Un portefeuille de voyage avec un peu d’argent et une carte périmée : de quoi donner quelque chose si l’on insiste.
- Le passeport reste au coffre, sauf si le pays exige de le porter. Une photocopie ou une photo suffit pour s’identifier au quotidien.
- Le sac devant soi dans les transports bondés et les marchés, pas sur l’épaule et jamais dans le dos.
- Le téléphone dans la poche, pas sur la table de terrasse. C’est l’objet le plus volé du monde.
Dans la ville
- Regardez comment les gens du coin se comportent. S’ils ne sortent pas le téléphone dans cette rue, ne le sortez pas non plus.
- Marchez comme si vous saviez où vous allez, quitte à entrer dans un café pour consulter une carte.
- Prenez un taxi officiel ou une application le soir, surtout depuis un endroit isolé.
- Retirez de l’argent dans une banque, aux heures d’ouverture, plutôt qu’à un guichet de rue la nuit.
- Demandez à la réception quels quartiers éviter. Une question simple, une réponse précise, et personne ne se vexe.
Les arnaques qu’on rencontre partout
Elles se déclinent localement mais reposent toujours sur les mêmes trois ressorts : créer une distraction, créer une obligation, ou créer une urgence.
| Arnaque | Comment elle fonctionne | La parade |
|---|---|---|
| Le bracelet ou la rose « offerts » | On vous attache un objet au poignet, puis on réclame un paiement | Garder les mains occupées, ne rien accepter, poursuivre son chemin |
| La tache sur le vêtement | Un complice salit, un autre aide à nettoyer et fouille les poches | S’écarter immédiatement, se nettoyer soi-même à l’écart |
| Le site « fermé aujourd’hui » | Un inconnu annonce la fermeture et propose une alternative commissionnée | Vérifier à l’entrée officielle, toujours |
| Le taxi au compteur trafiqué | Course allongée ou tarif multiplié | Application, prix convenu d’avance, ou compteur exigé au départ |
| Le faux policier | Contrôle de portefeuille ou amende inventée | Demander la carte, proposer de se rendre au poste, ne jamais remettre son portefeuille |
| Le distributeur trafiqué | Lecteur de carte ajouté, caméra miniature | Guichets à l’intérieur des banques, main qui masque le clavier |
| L’amitié du soir | Invitation dans un bar, addition démesurée à la sortie | Choisir soi-même l’endroit, ne jamais laisser sa carte |

Lire un avis officiel sans paniquer
Le gouvernement du Canada publie pour chaque pays un avis aux voyageurs classé en quatre niveaux. Les comprendre évite deux erreurs symétriques : annuler pour rien, ou partir sans savoir.
| Niveau | Ce qu’il signifie | Ce que ça implique |
|---|---|---|
| Précautions normales | Comme chez soi | Rien de particulier |
| Grande prudence | Un risque identifié, souvent localisé | Lire le détail : il concerne fréquemment une région précise |
| Éviter tout voyage non essentiel | Risque sérieux | L’assurance peut restreindre sa couverture |
| Éviter tout voyage | Risque grave | L’assurance ne couvre généralement plus |
Le Mexique en est l’exemple parfait : l’avis global recommande une grande prudence, mais le détail vise des États précis, très éloignés des zones où vont les voyageurs québécois. Lire seulement le titre, c’est renoncer à un pays pour une raison qui ne vous concerne pas.
À l’inverse, un avis de niveau trois ou quatre a des conséquences contractuelles réelles : votre assurance peut cesser de couvrir. Ce n’est plus une question d’appréciation personnelle.
La route, le vrai danger
C’est la section la plus importante de cet article, et celle qu’on lit le moins attentivement.
- Le casque, toujours, à scooter comme à moto, même pour deux cents mètres, même si personne d’autre n’en porte. C’est la principale cause de traumatisme grave chez les voyageurs en Asie du Sud-Est.
- La ceinture, à l’arrière aussi. Si le taxi n’en a pas, prenez-en un autre.
- Pas de conduite de nuit sur les routes secondaires en Afrique, en Amérique latine ou en Asie du Sud. Animaux, véhicules sans phares, nids-de-poule invisibles.
- Un chauffeur plutôt qu’une location là où la conduite locale demande des réflexes qui ne s’apprennent pas en une semaine.
- Vérifiez que votre assurance couvre la conduite d’un deux-roues : beaucoup l’excluent, surtout sans permis approprié.
Notre article sur la location de voiture entre dans le détail des assurances et des vérifications.
Voyager seule, seul, ou en situation minoritaire
Les précautions générales s’appliquent à tout le monde. Quelques considérations supplémentaires méritent d’être dites franchement.
Pour une femme voyageant seule, les recommandations pratiques tiennent en trois points : choisir un hébergement bien situé et bien éclairé plutôt que le moins cher, privilégier les arrivées de jour, et s’autoriser à couper court à toute interaction sans se justifier. La politesse n’oblige à rien.
Pour les voyageurs LGBTQ+, la situation légale et sociale varie énormément. Le gouvernement du Canada publie une page dédiée et signale dans chaque fiche pays les dispositions criminalisant les relations entre personnes de même sexe. Ce n’est pas une question d’opinion mais de droit local, et elle se vérifie avant de réserver.
Pour les voyageurs racisés ou de confession minoritaire, les fiches pays signalent également les contextes où une vigilance particulière est justifiée. Un conseiller qui connaît la destination est ici d’une aide concrète : il sait quels quartiers, quels hôtels et quels opérateurs recommander.

Le numérique
- Pas d’opération bancaire sur un wifi public sans réseau privé virtuel.
- Deuxième facteur d’authentification qui ne dépende pas du seul téléphone : codes de secours imprimés, clé physique.
- Localisation et effacement à distance activés sur le téléphone et l’ordinateur.
- Discrétion sur les réseaux sociaux : publier en direct qu’on est à l’autre bout du monde renseigne aussi sur le fait que la maison est vide.
- Copies des documents dans un dossier infonuagique accessible sans le téléphone.
S’inscrire, et prévenir
L’inscription des Canadiens à l’étranger est gratuite, prend deux minutes et permet à Affaires mondiales Canada de vous joindre en cas de crise — catastrophe naturelle, trouble civil, évacuation. Elle est particulièrement pertinente pour une destination éloignée, un long séjour ou une zone instable.
Laissez également à un proche votre itinéraire, vos numéros de vol, vos hébergements et une copie de vos documents. Convenez d’un moment de contact régulier — un message tous les deux ou trois jours suffit et rassure tout le monde.
Questions fréquentes
Quel est le vrai risque principal en voyage ?
Les accidents de la route, loin devant tout le reste. Le casque à scooter et la ceinture en taxi protègent davantage que n’importe quelle autre précaution.
Faut-il annuler si un avis « grande prudence » est publié ?
Rarement. Lisez le détail : ce niveau vise fréquemment une région précise, parfois très éloignée de votre itinéraire. Ce sont les niveaux trois et quatre qui ont des conséquences réelles, notamment sur l’assurance.
Faut-il porter son passeport sur soi ?
Seulement si le pays l’exige. Sinon, laissez-le au coffre et gardez une photocopie ou une photo. Un passeport volé coûte bien plus de temps qu’une pièce d’identité de remplacement.
Comment éviter les arnaques de rue ?
Elles reposent toutes sur une distraction, une obligation créée ou une urgence inventée. Un refus calme et un pas de côté suffisent dans la quasi-totalité des cas.
Est-il dangereux de retirer de l’argent à l’étranger ?
Non, à condition d’utiliser un guichet situé à l’intérieur d’une banque, aux heures d’ouverture, en masquant le clavier. Les distributeurs isolés en zone touristique sont les plus souvent trafiqués.
Que faire en cas d’agression ou de vol ?
Ne résistez pas pour des objets. Déclarez ensuite à la police locale et obtenez un rapport écrit : il conditionne l’assurance et le remplacement des documents.
Faut-il s’inscrire auprès du gouvernement avant de partir ?
Ce n’est pas obligatoire mais c’est gratuit et rapide. L’inscription permet d’être joint et aidé en cas de crise sur place.
Une femme peut-elle voyager seule sans risque ?
Partout dans le monde, des femmes voyagent seules. Les précautions utiles sont concrètes : hébergement bien situé, arrivées de jour, transport fiable le soir, et le droit de couper court à toute interaction sans se justifier.
