Une famille recomposée de Gatineau, deux enfants, une semaine à Punta Cana en février. Tout est réservé depuis septembre. Au comptoir d’enregistrement, l’agent demande à la mère une lettre de consentement du père des enfants — qui vit à Ottawa et qui n’est pas au courant. L’avion part sans eux.
Cette scène se joue plusieurs fois par année dans les aéroports canadiens. Elle est entièrement évitable, et elle ne coûte rien à éviter. Voici ce qu’il faut, selon la situation.
Chaque enfant a son passeport, sans exception
Un enfant ne voyage plus sur le passeport d’un parent : il a le sien, depuis l’âge de zéro jour. Sa durée de validité est de cinq ans au maximum, et de trois ans avant l’âge de trois ans — parce qu’un visage change vite.
La demande exige l’acte de naissance, deux photos conformes et le consentement des deux parents ou tuteurs légaux, sauf ordonnance du tribunal qui en dispose autrement. Prévoyez que le deuxième parent devra signer, même si la garde est exclusive : l’autorité parentale et la garde sont deux choses différentes.
La lettre de consentement : quand, et comment
Le gouvernement du Canada recommande qu’un enfant qui voyage sans ses deux parents porte une lettre de consentement signée par le parent absent. Ce n’est pas une obligation légale canadienne, mais c’est un document que les agents frontaliers — canadiens, américains, européens — demandent régulièrement et dont l’absence peut bloquer un voyage.
| Qui voyage | Lettre nécessaire | Signée par |
|---|---|---|
| Enfant avec ses deux parents | Non | — |
| Enfant avec un seul parent | Fortement recommandée | Le parent qui reste |
| Enfant avec ses grands-parents | Fortement recommandée | Les deux parents |
| Enfant en voyage scolaire ou avec un groupe | Fortement recommandée | Les deux parents |
| Enfant d’un parent unique ou décédé | Remplacée par un acte | Acte de naissance, jugement ou certificat de décès |
Ce que la lettre doit contenir
- Le nom complet, la date de naissance et le numéro de passeport de l’enfant.
- Le nom, l’adresse et les coordonnées — téléphone et courriel — du parent qui donne son consentement.
- Le nom de la personne qui accompagne l’enfant, et son lien avec lui.
- Les dates du voyage et la destination.
- La signature du parent consentant, et la date.
Le gouvernement du Canada publie un modèle interactif gratuit. Faire authentifier la lettre par un notaire n’est pas obligatoire, mais renforce sa crédibilité — et certains pays le demandent.

Les situations particulières
Parents séparés ou divorcés
Apportez la lettre signée et une copie du jugement de garde ou de l’entente homologuée. Si le jugement restreint les sorties du pays, respectez-le à la lettre : partir malgré une interdiction expose à des conséquences sérieuses, ici comme là-bas.
Parent unique, veuf ou veuve
Un acte de naissance qui ne mentionne qu’un parent, un certificat de décès ou un jugement d’autorité parentale exclusive remplace la lettre. Apportez l’original ou une copie certifiée, pas une photo.
Familles recomposées
C’est la configuration la plus délicate, parce que les noms de famille ne correspondent pas et que l’adulte présent n’est pas toujours le parent légal. Prévoyez la lettre du parent absent pour chaque enfant concerné, et gardez à portée de main les actes de naissance qui établissent la filiation.
Enfant qui voyage seul
Les compagnies aériennes ont leurs propres règles — service de mineur non accompagné, âge minimum, frais, escales interdites. Elles varient beaucoup d’un transporteur à l’autre et se réservent au moment de l’achat du billet, pas après.
Les autres documents à ne pas oublier
- La carte d’assurance maladie de chaque enfant, et la police d’assurance voyage familiale avec le numéro d’urgence.
- Le carnet de vaccination, exigé par certains pays et bien utile en cas de consultation sur place.
- Une ordonnance pour tout médicament transporté, au nom de l’enfant.
- Les coordonnées du médecin de famille, en format papier.
- Une photo récente de chaque enfant dans votre téléphone — la précaution qu’on espère ne jamais utiliser.

Préparer le voyage, pas seulement le dossier
Une fois les papiers réglés, reste le voyage lui-même : les vols de nuit avec un enfant de deux ans, le décalage horaire à cinq, les hôtels qui disent « familial » et qui ne le sont pas. Nos guides voyager avec des enfants et voyager avec des tout-petits entrent dans ce détail-là. Et si vous cherchez où aller, notre page la relâche en famille rassemble les destinations qui tiennent leurs promesses avec des enfants.
Questions fréquentes
La lettre de consentement est-elle obligatoire au Canada ?
Elle n’est pas obligatoire en droit canadien, mais elle est fortement recommandée par le gouvernement et fréquemment demandée par les agents frontaliers, ici comme à l’étranger. Son absence peut suffire à retarder ou empêcher un départ.
Faut-il la faire notarier ?
Ce n’est pas exigé, mais une lettre notariée est plus difficile à contester et rassure plus vite. Certains pays la demandent explicitement : vérifiez la fiche de la destination.
Un enfant peut-il voyager avec un nom de famille différent du mien ?
Oui, mais apportez de quoi établir le lien : acte de naissance, jugement, ou lettre de l’autre parent. C’est la différence de nom qui déclenche le plus souvent les questions.
Mon adolescent de 16 ans a-t-il besoin d’une lettre ?
La recommandation vise les mineurs, donc jusqu’à 18 ans. Un adolescent de 16 ou 17 ans qui voyage seul ou avec des amis devrait en avoir une, ainsi que les coordonnées d’un parent joignable.
Que faire si l’autre parent refuse de signer ?
C’est une question juridique, pas administrative. Un refus de consentement se règle devant le tribunal, et le jugement obtenu remplace la lettre. Ne partez pas sans, même si vous estimez le refus injustifié.
Faut-il un passeport pour un nouveau-né ?
Oui, dès le premier voyage à l’étranger, quel que soit l’âge. Il est valable trois ans jusqu’aux trois ans de l’enfant, puis cinq ans.
Les grands-parents peuvent-ils emmener nos enfants en voyage ?
Bien sûr, avec une lettre de consentement signée des deux parents, les passeports des enfants, et de préférence une copie de la police d’assurance voyage qui les couvre.
Une copie numérique de la lettre suffit-elle ?
Emportez l’original signé sur papier. Un agent frontalier peut vouloir l’examiner, et un téléphone déchargé ou sans réseau n’est pas un argument.
